Contexte
Surexploitation des ressources naturelles, accumulation de déchets dans les écosystèmes. Face à ce double constat, les recommandations du sommet de la terre de Rio de 1992 invitent les pays industrialisés à adopter des modes de gestion rationnels et durables des milieux naturels qu’ils exploitent, à stabiliser voire réduire le volume des déchets qu’ils produisent et à se doter de programmes efficaces de valorisation.
Pour pallier le défaut de prise en charge par les services publics de la gestion des déchets, de nombreuses initiatives populaires ont vu le jour dans les Pays du Sud. Elles démontrent non seulement une réelle volonté d’auto-organisation et de participation des communautés au service commun, mais sont également révélatrices d’une créativitéet d’un savoir-faire souvent méconnus. Ainsi, dans ce secteur, de nombreuses activitées artisanales se sont développées, de manièe spontanée, à partir des ressources disponibles dans l’environnement urbain.
Les activités de recyclage des chutes de tissus de l’industrie textile, de l’aluminium, de la ferraille, du verre, du papier, du pneumatique, donnent lieu à toute une gamme de produits d’artisanat. Et même si le volume de déchets traité par ces filières est restreint, le profit qu’elles réalisent est considérable (seules les matières nobles provenant des décharges étant récupérées), et les emplois qu’elles créent sont nombreux.
Le premier objectif de l’Association Débrouille Cie est de fédérer des artistes et artisans du monde entier qui pratiquent la récupération de déchets afin de leur faciliter l’accès au marchésdans des conditions équitables. Ensuite, pour permettre aux artistes et artisans récupérateurs de partager leurs idées et leur savoir-faire et pour contribuer à la sensibilisation du grand public (et en particulier des enfants) sur les impacts sociaux, environnementaux et culturels de nos comportements de consommation et de mise au rebut, l’association propose des animations pédagogiques d'apprentissage des techniques artisanales de récup' et de sensibilisation au tri sélectif et au recyclage.
En tant que capitale à résonance internationale, Paris se doit d’être innovante et exemplaire en matière de responsabilité environnementale. Notre association veut apporter, à sa mesure, une pierre à cet édifice. Avec la ville de Paris, nous souhaitons offrir à ses habitants et visiteurs un lieu aux multiples dimensions :
Un espace de proximité pour les quartiers environnants
Un lieu alternatif à l’échelle nationale
Une vitrine internationale des initiatives citoyennes, carrefour d’échanges et de pratiques dans la valorisation des déchets
A partir des exemples existant de ressourcerie, notre projet est de créér un lieu int馮rant :
- la collecte, le tri et la remise en état / valorisation de déchets notamment encombrants
- l’Education à l’éco-citoyenneneté au travers d’ateliers de création artistique et artisanale à partir de déchet
- la vente des encombrants valorisés sur place
- le commerce équitable d’œuvres d’Art et d’artisanat de récup' provenant des pays du Sud
Nous prenons le choix de définir l’espace comme une ressourcerie, pour privilégier l’approche de ressource par rapport à l’objet de recyclerie et qui semble englober des activités liés au traitement de tous déchets confondus.
L’activité au sens économique du terme, est double :
La vente de déchets valorisés :
- encombrants remis en état, relooké, détourné artistiquement de leur usage premier
- créations importés ou créées sur place à partir de déchets divers
- matériaux à potentiel créatif pour des structures d’animation (centres de loisirs, écoles, …)
Des prestations d’animation
Ces ateliers permettent au public et notamment aux enfants de s’initier à des techniques de réemploi de ce type de déchet et d'etre sensibilisé à la problématique de la gestion des déchets
Accessoirement, la vente aux industriels de déchets bruts (ferraille, plastiques, cartons,…) issus de nos activités
Quels objectifs ?
Le développement local et durable :
- Donner une nouvelle vision de la problématique déchets en identifiant le remploi comme filiale à part entière,
- Viser la création d'emplois pérennes
- Considérer le citoyen comme un acteur essentiel de la gestion des déchets, le responsabiliser sans le culpabiliser, le sensibiliser et l'informer
La pédagogie
- Découvrir la richesse de l'art et de l'artisanat de récup'
- Apprendre à valoriser soi-mème les déchets, et les considérer comme des ressources
- Modifier nos comportements de consommation et de mise au rebut
-
La coopération internationale
- Fédérer des artistes et artisans récupérateurs du monde entier
- Distribuer leurs créations de facon durable et équitable
- Partager idées et savoir-faire entre artistes et artisans et avec le grand public
Pour quel public ?
La vocation du lieu que nous souhaitons ouvrir est d’attirer vers lui des publics très divers, d’origines sociales et aux intérets variés :
- clientèle souhaitant s’équiper bon marché (ménages à faibles revenus, qui bénéficieraient de tarifs réduits, par le biais d’un partenariat avec les acteurs sociaux adéquats)
- public s’intéressant au développement durable, au commerce équitable, à l’Art ou à l’artisanat et pré ・acquérir un meuble relooké une œuvre d’Art ou un objet utilitaire créé à partir de déchets
- individus ou groupes (écoles, collectivités, centres de loisirs, écoles d’Art...) désiireux de pratiquer un loisir créatif intelligent
Pourquoi créer une ressourcerie au cœur de la Ville de Paris ?
D’une part, il n’existe aucune structure de ce type dans la capitale.
D’autre part, les enjeux de valorisation des déchets, notamment encombrants, et d’éducation à l’environnement sont importants, notamment dans une ville aussi densément peuplée et urbanisée.
Enfin, notre projet s’inscrit pleinement dans la politique de la ville de Paris en matière de gestion des déchets ménagers, notamment dans l'élaboration d'un Plan de Prévention des Déchets.
Notre projet va au-delà d’une ressourcerie « classique », en intégrant une dimension internationale avec le développement d’une action pionnière : le commerce équitable d’artisanat de récupération
Coopération Sud Sud et Nord Sud
A travers ses activités coopératives, la Débrouille Compagnie souhaite engager des actions concrètes pour encourager et soutenir les activités des artisans récupérateurs :
Contribution à l’insertion socio-économique : mise en place de réseaux nationaux, diagnostic des activités de recyclage artisanal et des groupes communautaires, appui sur le plan institutionnel et organisationnel,
Facilitation de la diffusion, de l’échange et du transfert de ces expériences à travers le monde : organisation de manifestations ; mise en place de réseaux et de programmes d’échanges internationaux ; création d’un site Internet spécialisé sur ces savoir-faire,
Accompagnement technique : amélioration du processus de fabrication des produits (notamment en ce qui concerne le bilan environnemental), de leur qualité ou de leur design,
Accompagnement commercial : soutien à la pénétration des marchés occidentaux dans des conditions de commercialisation équitables.
Coopération Sud Nord
La Débrouille Cie souhaite contribuer aux transferts de techniques et savoir-faire Sud Nord. Nous pensons que les techniques de recyclage artisanal peuvent être transférées et adaptées dans des environnements différents de celui où elles ont été conçues, et qu’à partir de ces techniques, qui requièrent l’utilisation d’une faible quantité d’intrants (matière première et énergie) mais d’une quantité importante de travail manuel, faiblement « mécanisable » - de ce point de vue, le recyclage artisanal peut être comparé à l’agriculture biologique -, il est possible de développer une activité lucrative sans besoin d’investissement important. Cela en fait un outil peu coûteux de réduction de la pauvreté dans les pays développés. L’apprentissage de ces techniques peut permettre à des personnes sans ressources et / ou sans formation de s’insérer socialement en « créant de la valeur », à partir de matériaux pour lesquels le recyclage industriel n’est pas toujours économiquement viable ni écologiquement bénéfique.
Les filières de Récupération nécessitent peu de capitaux, mais beaucoup de travail . Les ressources humaines sont au coeur de notre projet
Face au chômage des jeunes et au développement de politiques de cohésion sociale, nous visons la création d’emplois pérennes, notamment en insertion (CAE), au sein de différents pôles.
L’association Débrouille Cie emploie déjà trois salariés à temps plein (deux animateurs et un comptable) assurant ses activités à son stade actuel de développement.
Pour se constituer en ressourcerie, elle prévoit la création d’autres emplois en insertion :
Dans ce cadre, nous souhaitons recruter des techniciens qui auront en charge des « ateliers » spécifiques de remise en état/réparation/valorisation des encombrants récupérés. Ils devront, outre leurs compétences et connaissances, avoir une sensibilité aux activités et à l’esprit de notre projet, ainsi que si possible des qualités de valoriste-relookeur.
Les postes créés pourraient être les suivants :
- Eléctronique-électroménager : un Technicien-Dépanneur-Réparateur d'appareils électronique/électroménagers
- Informatique : un Technicien-Dépanneur-Réparateur d'appareils informatiques
- Menuiserie-mobilier (si pertinent): un restaurateur (réparateur) de meubles (menuisier)
Nous souhaitons pérenniser les postes d’administration déjà en place dans l'association :
un chargé des relations internationales, dont la mission est d’identifier les acteurs et initiatives à l’étranger et de mettre en place les filières de commerce équitable
un secrétaire-comptable
Nous visons de plus l’embauche :
d’un administrateur local, gérant de la ressourcerie et chargé des relations avec les partenaires.
par le biais de prestations, d’une personne spécialisée dans la création graphique (réalisation d’une charte graphique, de brochures, d’étiquettes,…), création d’outils pédagogiques (CD-ROM éducatifs, manuels, …)
d’un webmaster pour le suivi et l’actualisation du site Internet
Où implanter la ressourcerie?
Nous avons besoin d’un local (friche industrielle par exemple) bénéficiant :
d’une surface minimum de 200m² donnant sur la rue et si possible offrant une vitrine et mise au norme pour l’accueil du public
d’un équipement nécessaire à l’activité (raccordement électrique, point d’eau (bacs) et prises téléphoniques)
de deux places de livraison/stationnement dédiées
Comme nous avons vu plus haut, cet espace comporterait plusieurs pôles ouverts, mais bien distincts :
un espace d’ateliers techniques
un espace de stockage des « matières premières »
un espace de vente des déchets valorisés, comportant un bureau mixte vente/administration
un espace d’animation et d’exposition-vente
Déchetterie + ressourcerie ?
A l’étude des exemples de ressourceries existantes, nous constatons que les espaces de valorisation et de vente sont accolés au gisement de déchets. Très souvent, les ressourceries sont implantées dans les déchetteries. Ce système permet, outre la réduction des coûts de transport, de rendre la déchetterie plus attractive et d’offrir un débouché économique aux déchets récoltés. Ainsi, l’implantation d’une ressourcerie dans une déchetterie permet d’attirer de nouveaux publics, qui peuvent passer de leur état de consommateur (notamment d’objets de la ressourcerie) à celui d’acheteur/responsable.
PERSPECTIVES
A l’heure où la viabilité à long terme du modèle de développement des sociétés modernes est mise en cause, les modes intensifs et industriels de gestion des déchets et, en amont, d’utilisation des ressources doivent faire l’objet d’un examen au cas par cas. La rentabilité économique des solutions proposées ne doit plus systématiquement primer au détriment de l’utilité sociale et de la viabilité environnementale.
Ainsi, parmi les déchets techniques, la part des déchets non réutilisables doit être réduite et, à long terme, annulée. Quant aux produits techniques potentiellement réutilisables et aux produits organiques, il faut trouver les moyens de les réutiliser en boucle comme matières premières dans des systèmes de production et de consommation cycliques, à l’image des écosystèmes naturels.
Si cet objectif paraît utopique, c’est qu’il exige un saut cognitif et un changement de comportement profond de la part des parties prenantes (individus et organisations) des sociétés modernes. La sensibilisation et la responsabilisation de ces acteurs est un préalable à l’émergence de ces mutations culturelles. Dans ce travail de longue haleine, il est intéressant de faire connaître toutes les initiatives originales : on peut bien sûr s’inspirer des solutions élaborées par d’autres pays industrialisés (symbiose industrielle, éco-conception, dématérialisation, …), mais aussi de celles mises au point dans les pays dits « sous-développés » (recyclage artisanal, récupération, …).
Dans la classification actuelle des sociétés, le degré de développement industriel et technique est le critère déterminant. Celle-ci n’intègre pas la capacité des populations à vivre en harmonie avec leur environnement naturel et humain. Les « Pays les Moins Avancés » y font figure de cancres, les « Pays en Voie de Développement » d’élèves à encourager et les « Pays Développés » d’exemples à suivre. Cette terminologie hiérarchise implicitement les cultures et des modes de vie. Elle est symptomatique de l’attitude souvent condescendante des pays « développés », qui tend à faire ressembler la coopération internationale à un monologue Nord-Sud plutôt qu’à un véritable dialogue menant à enrichissement mutuel.
Notre démarche associative est basée sur la conviction que chaque culture porte en elle un grand nombre de connaissances, techniques et savoir-faire potentiellement utiles et transmissibles à d’autres cultures. Elle s’inscrit dans une « alter-mondialisation », qui privilégie l’écoute de toutes les parties prenantes de la société globale.
Nous avons choisi le thème de l’artisanat de récupération pour illustrer ce potentiel d’enrichissement mutuel. Ludiques, les astuces imaginées par les artisans des quartiers populaires pour créer à partir de déchets se prêtent bien à des ateliers pratiques participant à la sensibilisation du public dans les pays « développés ». Lucratives, elles constituent un rempart contre la pauvreté pour de nombreux habitants des quartiers populaires du monde entier, dès lors que les produits artisanaux de récup’ accèdent au marché dans des conditions équitables.
Paris nous semble être le lieu idéal pour accueillir un projet de ressourcerie offrant à ses habitants un panel complet des possibilités de valorisation de déchets, inspiré d'idées et de techniques originales, dénichées dans le monde entier pour exploiter l'inépuisable gisement des déchets urbains. |